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De la résurrection sentimentale. – N’y a-t-il rien de plus honorable que la célébration entre frères d’un cœur revenant en-deçà des hautes cimes de son effondrement sentimental ? Ne fut-il autrefois que l’emblème d’un cadavre esseulé profondément sous la terre des festivités émotionnelles, il est dès sa nouvelle consécration un graal vénéré par un seul homme nul autre que le sien. Oui, mes très chers frères, je vous l’annonce par-delà les plus verdoyantes collines de la région de Cracovie : l’Amour est une festivité des corps enfouis sous leur nature si décisive ! Combien de fois n’avez-vous pas été contemplatifs à la vue d’une beauté féminine et de vous dire « C’est ainsi ! Comme je suis épris de cette exquise nature si gracieuse dans ces endroits aux décors fatidiques! » Chaque coup de foudre est un banquet dionysiaque, toute poésie une allégorie à ses breuvages.

Je viens vers vous en ce jour si chaud pour vous faire écouter les nouveaux battements de mon muscle chétif. L’asthénie s’en est retirée, pendant que peu à peu la senteur des terres de Provence s’immisce sous ces lieux de culte de nos émois tragiques. Voyez autour de vous descendre des arbres l’abondance issue de l’éther! Du vin! Des demoiselles et des rires ! Sous vos pieds encore trop ancrés au sol demandent des mazurkas à résonner de Gdansk à Varsovie avec l’élégance de vos bras et la splendeur joyeuse de vos visages. Tandis que Novalis se couche sous la noirceur de la nuit mystique dans un désir de mort romantique, je lève ma coupe et mes mains vers la magnificence presque palpable de celle qui a su raviver en mon sein la légèreté du temps. Que d’un court saisissement du bleuté de ses yeux il ne suffit pour savoir qu’elle existe! Que d’une longue parole il nous faut pour devenir à la fois enivré et adouci par le ton vif de sa voix. Zuzanna me quitte, et mon ambition renaît; Zuzanna me quitte, et je redeviens l’une des moitiés d’Aristophane.

Vénérables compagnons, levez vos verres en ma compagnie, car il m’importe peu de savoir réfractaire ma délicate égérie à la réciprocité de nos échanges tant je suis épris d’un désir à nouveau insoutenable de renouer avec femmes, enfants, et les sages de notre pays. Celle qui fût autrefois l’incarnation brute de mes désirs impossibles à assouvir n’est plus qu’un énième idéal véridique, et gare aux vérités! Soient-elles l’ombre qui surplombe nos tentations dites « dérisoires ».

Mes chers amis, emparez-vous de ce festin infini ! Échangez vos somptueux alcools et festoyez avec les jolies dames ! Ne portez pas attention à mon humeur, je danserai jusqu’à l’aube de ma prochaine idylle romantique.