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Jan 16

Sur les planches (réédition)

Sur les planches – Les yeux s’ouvrent, puis remplissent la salle d’une lueur poignante apportant en son sein un bonheur. La bouche s’incline pour faire place à des lèvres altérant un mouvement de va-et-vient vertical majestueux accompagné de gesticulations gracieuses des autres membres. Je me tiens là, de marbre, sur une scène criblée de craquements venant des planches vieillies par le temps invisible. J’inspire, puis je me mets à déclamer un texte supposément provenu de mon cœur. Ma langue tremble au travers des mots d’ordre, des élans de révolution et des phrases somptueuses sur les demoiselles du premier rang. Geste après geste, je traverse d’un bout à l’autre la scène sous l’allure d’un Don Quichotte d’un soir. Du jardin jusqu’au côté cour, je deviens ce que je n’ai jamais été. Devant les rideaux et sous la surveillance accrue d’une centaine de visages pénétrés par ma présence, je perds toute notion d’identité. Ils savent qui je suis. Ils peuvent définir mon être alors même que je n’en ai pas les moyens. Un seul pas suffit pour détruire toute idée d’âme et de but. Puis une autre exclamation mimée de la main pour se perdre au milieu des joutes scéniques et s’oublier sous les décombres d’un écroulement existentiel. Mon corps est là, tandis que mon esprit devient subjugué par celui d’un autre. J’apprends à vivre en devenant cet autre. Je suis en réanimation métaphysique grâce à ses mots dont je m’approprie la spontanéité. Je me rassois ensuite sur le bord du présentoir tel un vieux sage exerçant le dernier souffle de sa jeunesse. J’attends. J’attends les âmes qui chavirent sur leurs sièges au fond du théâtre. J’attends que jaillisse d’elles une pluie d’émotions inondant les unes après les autres le silence des acteurs entre les moments détonateurs. Ce n’est qu’à la toute fin de la soirée que je redeviens moi-même. Mon épuisement physique me rend enjoué par le réel. Le temps présent ralenti et soudainement je perçois beaucoup mieux cet autre théâtre dans lequel je suis constamment en activité. Il ne m’aura fallu que quelques heures passées à adopter une vie vraisemblablement fictive pour retrouver une certaine adoration pour la mienne. Acter n’est nulle autre que l’action de jouir de son corps ainsi que de la polyvalence de son esprit.

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    1. Nounours Lelion » Stage-struck (translated from French) - Pingback on 2017/06/02