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Fév 14

Le contemplateur

Le contemplateur

Nounours Lelion

I

Voilà donc le contemplateur que j’attendais :
Un homme fade,
Un personnage scellé par la beauté,
Enfermé dans l’admiration du monde.
C’est un homme doté d’une culture des émotions,
Il s’éternise dans la surprise,
Enivre l’idolâtrie sous la lune,
Et se révolte envers les choses qui n’atteignent pas son cœur.

Enfin, le contemplateur que je voulais!
Laissez-le s’extasier devant les monuments,
Permettez-lui d’observer vos vieux papiers qui dictent l’esprit,
Offrez-lui les livres de la nuit ainsi que ceux du jour,
Il lira avec attention ce que la bouche peut voir et ce dont les yeux peuvent [parler.

Soyez sans craintes, c’est le contemplateur que j’ai choisi, fidèle et attentionné [à votre égard.
Il est agréable comme l’opium et franc comme la foudre,
Il ne parle pas mais il entend,
Il ne mange pas mais il absorbe,
Il ne pense pas mais il juge,
Il ne tue pas, il encourage la vie.

Acceptez-le parmi vos dures et sombres pensées,
C’est un cadeau haut perché comme le ciel, c’est mon offrande.
Donnez-lui le nom que vous voulez, avec toutes lettres pour toutes langues.

Pour toutes les merveilles du monde, l’Homme a besoin de son contemplateur.

II

Tu vois toutes ces vies qui passent d’un choix à un autre, d’un fils à un autre,
Et déjà tu penses à l’avenir!
Mais enfin, cher contemplateur,
Quelle amère pensée puisse te rendre si sombre?
Quel est ce vent qui fait chavirer ton cœur à l’arrivée d’une nouvelle saison?
Serait-ce l’amour qui fût déchiré de part et d’autre,
S’agit-il d’un clan qui n’a pas su protéger l’un des leurs d’un tournant dramatique,
Aurais-tu vu une forte et grande amitié s’éclipser sous une nuit d’automne?

Petit déjà, tu regardais les choses comme elles se présentaient et tu les voulais [persistantes.
Il t’a fallu grandir pour aiguiser ton attachement envers la nature.
Il faudra te souvenir, d’un été à un autre, de jour comme de nuit,
Ainsi tu retrouveras ce qu’aucun homme ne peut vivre deux fois.

En contemplateur que tu es, nous comprenons ta déception pleine de rage,
Qui surgit brutalement lorsqu’une chose est détruite pour donner vie à une autre.
Souviens-toi alors ce que Prévert disait à son cœur lorsque le changement passait [outre son pouvoir,
Et fais de même avec ton âme :
« Hélas, j’ai reconnu mon bonheur au bruit qu’il a fait en partant. »

Mais alors, comment peut-on surmonter la métamorphose?
Il ne suffit que d’un homme pour penser à l’arbre qui tombe en forêt,
Tout comme il ne faut que toi, Ô grand contemplateur,
Pour penser à toutes ces âmes qui périssent jours et nuits dans la transformation.

III

Qu’est-ce qu’un contemplateur, sinon un arbre posé sur ses feuilles ?
C’est un génie créateur qui habite dans son œuvre,
Tout autour de lui se dresse dans la grâce et l’harmonie
La merveille et le meilleur,
L’irréprochable et le contentement.

Au-dessus de lui, haut perché dans l’abîme de la pensée,
Le soleil couchant, retenant son souffle une dernière fois devant la beauté du monde.
Quand le grand Admirateur se montre, le soleil a honte.
L’étoile radieuse envie le contemplateur,
Elle se tient si haut et regarde si bas,
Elle détient le monde entier dans le creux de ses yeux,
Et pourtant, elle est reste avide de reconnaissance.

Le contemplateur est loué, victime d’allégories, bercé par les sacrifiés.
Le soleil est regardé, victime des ignares, dépourvu d’une ombre flatteuse.
« Qu’a-t-il donc de plus que moi, ce contemplateur tant aimé? »
Demanda le soleil échoué.

Lorsque deux hommes partagent le même regard,
C’est ce qu’ils créent dans leurs yeux qui détermine l’attrait de leur personne.

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