Tu dois hurler dans un dialecte qui ne peut résonner qu’au milieu d’un paysage sauvage. Tes doigts s’agrippent aux barreaux du lit tandis que tes pieds s’étirent de toutes leurs forces. Crie de douleur sur ce dessein qui t’es attribué, laisse ruisseler sur tes pommettes le flot d’un malheur continu à la fois démesuré et sans présages. Au plus haut de ta souffrance, à peine as-tu atteint son pic, sans patience ni espoir pour atténuer cette névrose vicérale, tu verras devant tes yeux apparaître une figure éphémère qui t’enseignera ton tout dernier ressort. Après quelques temps de réflexion avec ou sans rationalité sur cette nouvelle hypnose biblique, tu finiras par écouter les paroles de tes proches, et de ton néant existentiel surgira la croyance qu’un jour le soleil s’élèvera au-dessus de ton corps dans un silence de mort, apportant avec lui l’harmonie autre fois subjuguée par la cause de ta folie romanesque. Il t’importe peu de savoir si cette prophétie philosophique s’accomplira tant et aussi longtemps qu’elle donne à ton âme le droit de prolonger sa danse mystique. C’est ainsi que les revirements et tous les autres délires du cœur s’émancipent dans un calme de tempête : d’un corps à un autre, d’un prénom au suivant, sans l’ombre d’un détour vers l’arrière et sous la pression insipide des pendules qui nous poussent à « continuer aveuglément. »

Aux nuages éphémères qui se hissent si haut,
Dont la blancheur illumine le trouble des eaux,
Valsent sous des formes apaisantes,
D’une bourrasque à une autre, d’une voile à une autre,
En une scène théâtrale innocente.
Ils s’évaporent aussi vite,
Que chaque souci des marins perdus.

Quand, d’un pas ferme celui-ci danse,
Que d’une pointe à l’autre il s’élance,
Qu’un pied frétille sur le rebond,
Puis le second s’éffondre sur le même ton.

Que d’une grâce quelconque ses bras prennent vie,
S’entremêlent sous des joies infinies,
Et se séparent sans encombre maudite,
Et se rassemblent sans raison ni réplique.

Le voici qui de ses mains charme les saintes,
Celles qui contre tous défont les plaintes,
Celles qui à leur tour le séduisent bien,
Le revoici dansant sur son dessein.

Quand vont les arbres,
De leurs longues branches jusqu’au ciel,
Et que, par mégarde,
Tu m’apprends ton amour si frêle,
Je ne peux résister,
À la tentation de déposer,
Sur le seuil de ton antre émotif,
Une bougie des plus rosées.

Que ces feuilles délicates et parfaites,
S’étendent patiemment sur le courant venteux,
Et qu’avec toi, elles ne forment qu’un automne lumineux.
Que sous leurs racines fortement ancrées,
Pousse mon dédain du passé,
S’éclipse mon regret de l’avenir,
S’intensifie mon présent.

Quand vont les arbres,
Au bois des envies tempérées,
Qu’avec eux file ton sourire,
Malheureux suis-je !
de ne point être la sève,
Qui coule de leurs branchages jusqu’à tes doigts.

Où vont les arbres,
Aux avenirs fichus,
Dont les samares se posent,
Sur nos cœurs abattus ?

À genoux, je remercie la douce Éléos,
D’avoir nargué ma souffrance.
Les pieds et les mains liés,
Je brûle dans les flammes de cet abîme,
Si sombre et haineux qu’il soit,
Alors même que pousse à mes pieds,
Un lilas fébrile et rayonnant.
De par sa petite taille,
Il ne peut subir tout ce chaos ambiant,
Cette frénésie engendrée par Moros,
M’entraînant dans une immesurable démence envers mon destin.
À genoux, je remercie Éléos,
D’avoir fait apparaître sous mes yeux,
Un lilas innocent, se rapprochant de moi,
Sans la moindre attention pour l’horreur causée par son frère.
Me voilà dans cet instant, dépourvu de mots devant ce tableau divin,
Un soleil floral et une fatalité odieuse,
Mon souffle se coupe à l’instant où Nyx surgit,
Des pétales tout justes éclos.

L’amour est un bruit qui court,
Il oscille de droite à gauche,
arborant les rumeurs de l’attirance,
Il bourdonne aux oreilles de mon cœur,
tel une abeille acharnée sur sa fleur.

Certains d’entre nous chantent l’amour dès l’aurore,
Comme la cigale à son grillon,
Puis ils attendent pendant les premières mesures,
Puis ils meurent d’angoisse au couplet suivant.

L’amour est un son sauvage, impossible à enfermer,
Il se colle aux tympans,
Dès la seconde qui suit nôtre inadvertance.

Les meilleurs d’entre nous ont tenté d’apprivoiser ce son ambigu,
Celui qui se démène entre les tons graves et aigus,
Ils ont chanté, écris, ou instrumentalisé la sonorité de nos passions,
Or c’est au dernier instant de lucidité, alors que la partition peut être relue,
Qu’il se défile pour hanter les oreilles d’une autre,
Nous laissant déchus.

Je reconnais dans ta voix ce bruit qui court,
L’amour est cette nuance qui s’interpose entre tes mots,
De par tes lèvres tu nous transmets,
Des mazurkas dansantes, des valses élégantes et des symphonies stupéfiantes.

L’amour est cette passion bruyante,
qui s’affale lourdement sur le bout de ta langue.

Le contemplateur

Nounours Lelion

I

Voilà donc le contemplateur que j’attendais :
Un homme fade,
Un personnage scellé par la beauté,
Enfermé dans l’admiration du monde.
C’est un homme doté d’une culture des émotions,
Il s’éternise dans la surprise,
Enivre l’idolâtrie sous la lune,
Et se révolte envers les choses qui n’atteignent pas son cœur.

Enfin, le contemplateur que je voulais!
Laissez-le s’extasier devant les monuments,
Permettez-lui d’observer vos vieux papiers qui dictent l’esprit,
Offrez-lui les livres de la nuit ainsi que ceux du jour,
Il lira avec attention ce que la bouche peut voir et ce dont les yeux peuvent [parler.

Soyez sans craintes, c’est le contemplateur que j’ai choisi, fidèle et attentionné [à votre égard.
Il est agréable comme l’opium et franc comme la foudre,
Il ne parle pas mais il entend,
Il ne mange pas mais il absorbe,
Il ne pense pas mais il juge,
Il ne tue pas, il encourage la vie.

Acceptez-le parmi vos dures et sombres pensées,
C’est un cadeau haut perché comme le ciel, c’est mon offrande.
Donnez-lui le nom que vous voulez, avec toutes lettres pour toutes langues.

Pour toutes les merveilles du monde, l’Homme a besoin de son contemplateur.

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